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Septembre 2010 0432010 059

 

Mon atelier de peinture

 

K.ROLYNE

23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 09:02

Un jour dans un atelier de peinture, quelqu'un m'a affirmé que Degas était un peintre misogyne car il peignait très souvent des femmes nues, de dos, courbées, selon une composition qui mettait le peintre en situation de domination par rapport au modèle. Depuis, je me suis régulièrement interrogée sur cette question sans être pourtant convaincue de la misogynie de cet artiste.

 

J'ai toutefois eu l'impression que l'exposition "Degas et le nu" au Musée d'Orsay confirmait cette hypothèse. Oui, il est fort probable que Degas ait été un peu misogyne. Il n'empêche qu'il était aussi un sacré grand peintre. Quand même. Et que c'est surtout ça qu'il faut retenir.

  Degas femme au bain

 

L'expo commence on ne peut plus classique : les académies, l'apprentissage en Italie, les inspirations des maîtres Ingres et Delacroix. Puis on arrive devant la toile et ses dessins préparatoires "Scène de guerre au Moyen-Âge". Les femmes sont des victimes de la guerre, on le sait, et quelque part Degas le dénonce en montrant des corps féminins disloqués, des femmes violentées et effrayées par des chevaliers qui n'ont rien de chevaleresque.

 

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Ce tableau met mal à l'aise car on ne sait pas si on est devant une scène de guerre comme le titre pourrait le laisser croire, ou si on est devant une scène de chasse où des femmes nues réduites à l'état de gibiers, sont pourchassées par des hommes habillés les tirant à l'arc. Déjà les poses féminines intriguent à la fois par leur réalisme et leur violence. A moins qu'il ne s'agisse d'une allégorie pour dénoncer les injustices sexistes faites aux femmes dans la société de cette époque? En 1865, Degas nourrissait encore l'espoir de devenir un peintre d'histoire, alors on valide plutôt la scène de guerre. Mais on voit déjà vers quel naturel penche vraiment sa peinture à l'égard des femmes.

 

Ensuite l'exposition dévoile les Monotypes et dessins que Degas exécuta à l'intérieur des maisons closes. Ces oeuvres n'ont jamais été exposées du vivant de l'artiste. Elles auraient provoqué un trop grand scandale. Degas ne les a d'ailleurs pas dessinées dans ce but. C'était sa petite collection privée. Ce qui se passait dans les maisons closes était absolument tabou. Personne ne voulait savoir, ni voir. La prostituée était alors la cible de nombreux préjugés : oisiveté donc obésité, maladie donc sale, avide sexuelle donc bien à sa place dans ces maisons closes qu'elles ne quittaient jamais.

 

La femme, ou la prostituée, se tient en équilibre au-dessus d'un bidet, est soumise à un examen gynécologique, se moque du client, montre ses fesses en permanence, même à sa patronne. Elle est grosse, pas à son avantage, son corps est tordu, déséquilibré. Le client n'est pas en reste et Degas le tourne en ridicule sans retenue. Degas n'épargne rien à ces femmes et je me demande ce qui l'empêcha de les représenter en train de déféquer.

 

Puis, petit à petit, Degas s'intéresse davantage à leur toilette. Les prostituées devaient en effet se laver entre chaque client, ce qui leur faisait passer beaucoup de temps dans leur tub ou accroupie sur leur bidet. Et notre grand artiste se pique de les représenter ainsi sortant du bain. L'enjambement du tub devient sa pose favorite. C'est parfois burlesque. Ce ne sont plus des prostituées, ce sont des clowns. Mais l'exécution est magistrale. Le trait est sûr, efficace et rapide. C'est sublime.

 

Degas l'enjambement

Enfin, il s'éloigne des maisons closes pour se rapprocher d'un corps féminin plus universel. Ici, c'est une bourgeoise à sa toilette, là une jeune femme et sa bonne qui la sèche. En réalité, elles pourraient être tout le monde et personne car Degas ne représente jamais leur visage. Ces femmes sont des anonymes auquel toute femme peut donc s'identifier. Et en effet, la femme chez Degas est toujours de dos, accroupie, penchée. Degas a une vue plongeante sur ses modèles, la femme est clairement en-dessous. Et même lorsque la femme est de face, son bras lui cache la figure, sa chevelure nous dérobe encore ses traits. Rien à faire. La femme chez Degas n'a pas de visage, pas d'identité.

 

Degas Femme nue se coiffant

 

Degas représente les femmes dans leur intimité. La femme n'a plus rien de sacré. Elle est telle que la femme peut être lorsqu'elle est seule et qu'elle ne se sait pas observée. La technique est très maîtrisée, comme ici où il brosse sa planche de métal pour retirer l'encre et dévoiler les contrastes.

 

La femme chez Degas se contorsionne aussi à loisir. Son corps souffre. Comme celui des petites danseuses de l'Opéra. La femme est acrobate. La pose n'est jamais avantageuse. Elle n'est même pas réaliste car comme l'a justement fait observer un visiteur à sa compagne "T'as vu la position ? C'est vachement pratique de se laver comme ça !". Cela dit, la sculpture de la femme dans son tub est absolument magnifique.

 

Degas femme penchée

Soit, admettons ! Degas a maltraité ses modèles, leur demandant des poses digne d'un contorsionniste. Mais quel résultat tout de même ! Les couleurs, les formes, les contrastes sont superbes. Le trait est somptueux. Le pastel est flamboyant, la technique magique. C'est un touche à tout merveilleux : sculptures, photographies, Monotypes, il est curieux de nouvelles techniques et d'innovations toujours au service de son art, sa seule véritable obsession.

 

Degas, cet éternel célibataire, part dans toutes les directions avec une énergie étonnante et un oeil au plus près du réel. Et c'est lui qui voyait juste. J'en veux pour preuve cette toile de Gervex "Rolla" qui se trouve dans l'exposition comme repère pour comparaison. Gervex livre une représentation romantique de la prostituée, les traits lisses, le corps magnifié, on dirait la Vénus de Cabanel sortie des eaux. Alors qui est le plus indécent ? Le plus hypocrite ? Celui qui descend la femme de son piédestal ou celui qui la maintient encore dans une posture figée et virginale où même dans la représentation d'une prostituée le corps de la femme est imberbe ?

 

Je pense que Degas a libéré la représentation de la femme en peinture. En la montrant sans artifice, sans aucune attitude de séduction, ni à son avantage. Degas a atteint son but qui était de peindre la femme comme un animal (ou un gibier ?). Degas l'anthropologue de la toilette féminine. Certes, la femme n'est pas un animal, mais je crois qu'il voulait dire par là qu'il la peignait au naturel. Degas a saisi la féminité originelle, débarrassée de la féminité sociale de représentation. C'est l'anti-glamour du XIXème. A mon avis, si Degas vivait de nos jours, il détesterait la presse féminine.

 

Alors en réponse à ma question, si Degas a pu paraître misogyne, c'est certainement par maladresse et mauvaise interprétation. Le réalisme de sa peinture est au service de la vérité et des femmes. Degas a peint la femme dans sa simplicité, libéré de toute contrainte. Et c'est superbe.

 

Bibiz à tous les savons au PH neutre, brosses à cheveux et serviettes éponges.

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commentaires

Catherine 28/04/2012 15:24


serviette eponge toi-même, non mais!





en provinciale que je suis, je ne ferai sans doute pas de déplacement à Paris pour voir cette expo, mais qui sait.

k.rolyne 01/05/2012 20:49



C'est pas les expos qui manquent à Paris, c'est sûr. Et vive le Soupline !



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Cher lecteur, voici plus de quinze ans que je peins. Cette passion trouve par ce blog un moyen d'exposition adapté à mon rythme de création et à ma vie très active. J'ai fréquenté de nombreux ateliers, fait de superbes rencontres et appris auprès d'artistes reconnus. Les tableaux, croquis et dessins présentés dans mes albums couvrent ces quinze dernières années. Je vous présenterai celles à venir par mes articles. Bonne visite dans mon atelier.

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